Un professeur des écoles et un professeur certifié en collège partagent le même employeur, le même ministère, parfois le même bâtiment lors de réunions de liaison CM2-6e. Leur fiche de paie, elle, raconte une histoire légèrement différente. L’écart de salaire entre prof de primaire et prof de collège ne tient pas à un fossé spectaculaire sur la grille indiciaire, mais à un ensemble de mécanismes discrets qui, bout à bout, creusent un vrai décalage de rémunération.
Grille indiciaire du professeur des écoles et du certifié : ce qui est identique et ce qui diverge
Le traitement brut de base repose sur un indice majoré, multiplié par la valeur du point d’indice. Sur ce plan, la grille de la classe normale est quasi identique entre un professeur des écoles et un professeur certifié (CAPES, CAPEPS, CAPET, CAPLP). Les deux corps comptent onze échelons en classe normale, puis une hors-classe et une classe exceptionnelle.
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Vous vous demandez alors d’où vient la différence ? Elle ne se lit pas dans les colonnes de la grille. Elle apparaît dès qu’on ajoute les indemnités, les heures supplémentaires accessibles et les rythmes d’avancement réels.

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Indemnités et heures supplémentaires : le vrai moteur de l’écart de salaire
Les enseignants du second degré perçoivent une indemnité de suivi et d’orientation des élèves (ISOE), dont la part fixe annuelle dépasse nettement l’indemnité de suivi et d’accompagnement des élèves (ISAE) versée aux professeurs des écoles. Les deux primes ont été progressivement rapprochées ces dernières années, mais un différentiel de plusieurs centaines d’euros par an persiste.
Le levier le plus déterminant reste les heures supplémentaires annualisées (HSA). Un professeur certifié en collège peut effectuer des HSA rémunérées en complément de son obligation réglementaire de service. En primaire, ce mécanisme n’existe pas sous la même forme. Le professeur des écoles assure des heures au-delà du face-à-face (108 heures annuelles de travail complémentaire), mais sans rémunération supplémentaire comparable.
Sur une année scolaire, un certifié qui cumule deux HSA peut ajouter un montant significatif à sa rémunération nette. Ce surplus n’a pas d’équivalent direct pour un professeur des écoles.
- L’ISOE (part fixe) du professeur certifié reste supérieure à l’ISAE du professeur des écoles, malgré les revalorisations récentes.
- Les HSA sont ouvertes aux certifiés, pas aux professeurs des écoles, ce qui crée un écart variable selon les académies.
- La part variable de l’ISOE (prime de professeur principal) n’a aucun équivalent en école primaire, alors qu’un directeur d’école touche une indemnité de direction distincte, souvent modeste.
Carrière et accès à la hors-classe en primaire : un rattrapage encore partiel
Pendant longtemps, l’accès à la hors-classe était plus restreint pour les professeurs des écoles. Le contingent de promotions dépendait du premier degré, avec des taux d’accès historiquement inférieurs à ceux du second degré. Des sources syndicales signalent un élargissement progressif de cet accès, mais le décalage de carrière accumulé sur une décennie ne se résorbe pas en une ou deux réformes.
Un professeur certifié en milieu de carrière, passé en hors-classe, gagne un traitement indiciaire sensiblement supérieur à celui d’un professeur des écoles resté en classe normale au même âge. Ce n’est pas le grade qui diffère, c’est la vitesse à laquelle on y accède.
L’indemnité REP et REP+ : un correctif ciblé
Les deux corps bénéficient de l’indemnité liée à l’exercice en réseau d’éducation prioritaire. En REP+, cette indemnité est identique quel que soit le degré d’enseignement. C’est l’un des rares postes de rémunération où le primaire et le secondaire sont traités strictement à égalité.
En dehors de l’éducation prioritaire, l’exercice en zone rurale isolée ou en école à classe unique ne donne pas lieu à des compléments aussi structurés, ce qui pénalise surtout les professeurs des écoles affectés dans ces territoires.

Réforme du recrutement 2026 : quel impact sur le salaire d’entrée du professeur des écoles ?
La réforme du recrutement et de la formation initiale, prévue à partir de la session 2026, modifie la trajectoire salariale des futurs enseignants des deux degrés. Les lauréats du concours externe suivront deux années de master rémunérées : environ 1 400 euros nets par mois en première année, puis 1 800 euros nets en deuxième année, selon les informations publiées par le ministère sur devenirenseignant.gouv.fr.
À la titularisation, le salaire annoncé est de 2 100 euros nets par mois. Ce montant concerne aussi bien les futurs professeurs des écoles que les futurs certifiés. L’écart à l’entrée dans le métier pourrait donc se réduire, au moins sur le traitement de base.
La question reste ouverte pour la suite de la carrière. Si les indemnités spécifiques au second degré et le mécanisme des HSA ne sont pas alignés, l’écart se reconstituera au fil des années.
- Le concours de recrutement passe au niveau bac + 3, avec formation rémunérée en master.
- Le traitement de titularisation annoncé (2 100 euros nets) est commun aux deux degrés.
- L’accès aux HSA et la structure des primes restent, à ce stade, inchangés pour le premier degré.
Pourquoi l’écart ne se résume pas à un chiffre unique
Comparer le salaire d’un prof de primaire et celui d’un prof de collège en citant un seul montant serait trompeur. L’écart dépend de l’échelon, de l’ancienneté, du passage en hors-classe, de la zone géographique (indemnité de résidence), de l’affectation en REP ou non, et surtout de la possibilité d’effectuer des heures supplémentaires.
En début de carrière, la différence de traitement brut est quasi nulle. C’est au fil des années, par accumulation d’indemnités et de compléments accessibles uniquement au second degré, que le fossé se creuse. Un certifié en milieu de carrière avec HSA et prime de professeur principal peut percevoir une rémunération nette sensiblement plus élevée qu’un professeur des écoles au même échelon.
La revalorisation du métier enseignant en primaire passe autant par la hausse du traitement indiciaire que par la création de compléments de rémunération équivalents à ceux du collège. Tant que les deux leviers ne sont pas actionnés simultanément, le salaire du professeur des écoles restera structurellement en retrait.

