Les clés pour bien préparer son entretien annuel

Si l’entretien annuel d’évaluation crée une certaine appréhension chez vous et que vous ne savez pas comment gérer ce rituel du début de l’année en affaires, suivez les (excellents) conseils de Marion de la Forest Divonne, coach et auteur du livre Réinventer votre vie professionnelle… quand c’est juste a commencé.

Asseyez-vous confortablement avec une boisson chaude, il y a beaucoup à dire !

1, Quel est le but d’une entrevue annuelle d’évaluation ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut distinguer l’entretien annuel d’évaluation de l’entretien professionnel. Ce dernier est imposé légalement à tous les salariés tous les deux ans, et doit servir à discuter de la trajectoire professionnelle du collaborateur, de ses souhaits et des formations qui pourraient l’accompagner.

Quant à l’entretien annuel d’évaluation, il est prévu par le Code du travail, mais reste optionnel, sauf si la convention collective l’exige. Son objectif : faire le point sur les compétences et la performance, sans forcément ouvrir sur des discussions de carrière. Pourtant, la majorité des entreprises le maintiennent, généralement de janvier à avril. C’est le manager direct qui conduit l’exercice, avec trois axes majeurs :

Voici ce qui est généralement abordé lors de cet entretien :

  • Retour sur l’année qui vient de s’écouler
  • Évaluation de la performance et des compétences, au regard des objectifs fixés
  • Projection : quels objectifs pour l’année qui démarre ?

2, Comment se préparer à l’entrevue annuelle d’évaluation ?

Même pour ceux qui aiment improviser, Marion de la Forest Divonne recommande de prendre un moment pour préparer ce rendez-vous. Bonne nouvelle : la date est rarement une surprise, vous avez donc le temps de vous organiser.

Commencez par relire les objectifs posés lors du précédent entretien annuel, ou lors de votre arrivée dans l’entreprise. Reprenez votre fiche de poste, et interrogez-vous : ont-ils été atteints ? Quels obstacles ont jalonné votre parcours ? Comment les avez-vous franchis ?

Poursuivez avec une démarche simple : faites la liste de vos réussites sur l’année écoulée. Qu’il s’agisse de contrats remportés, d’événements montés, ou de retours clients positifs, chaque élément compte pour valoriser votre contribution.

Il est aussi utile de procéder à une auto-évaluation de vos compétences. Soit en vous appuyant sur la grille proposée par votre manager, soit en réfléchissant à ce que vous apportez concrètement chaque jour dans votre poste, et à ce que vous pourriez encore développer.

Dernière étape : prenez le temps d’identifier vos attentes pour l’année à venir. Formulez clairement ce que vous souhaitez demander lors de l’entretien. Réfléchissez aussi à votre projet professionnel, et aux nouveaux défis que vous aimeriez relever : cela vous armera pour exprimer vos envies au bon moment.

3, Quelle attitude adopter pendant l’entretien annuel ?

Vous avez pris le temps de réfléchir, dister vos idées, et posé noir sur blanc vos avancées : place maintenant à l’entretien lui-même.

Abordez ce moment non comme un jugement, mais comme une opportunité d’échange et de bilan. Le but : voir ce rendez-vous comme un levier pour l’année qui s’ouvre, pas comme une sanction.

Le meilleur état d’esprit ? Rester constructif, ouvert à la discussion et à l’écoute. Évitez de tomber dans la plainte stérile, même si la tentation peut être grande.

Comme le rappelle Marion de la Forest Divonne, deux écueils sont à éviter : l’attitude revendicative (même si elle est plus rare chez certaines personnes) et l’excès de perfectionnisme, qui pousse à se dévaloriser. L’idéal : reconnaître ses réussites, mais aussi savoir pointer les points à améliorer, sans verser dans l’auto-flagellation.

Si le regard extérieur vous manque pour prendre du recul, appuyez-vous sur les retours reçus au fil de l’année : collègues, managers, clients, tout compte.

Attention aussi à la manière dont vous présentez les choses. Il ne s’agit pas de masquer la réalité, ni de tout dramatiser, mais de tourner positivement les axes de progression.

Un exemple concret : au lieu de dire « Je n’ai pas été à la hauteur sur ce dossier », préférez « Je souhaite progresser dans ce domaine ».

4, Comment gérer les remarques au cours de l’entretien ?

À moins d’être le salarié modèle sur tous les fronts, il y a fort à parier que votre manager pointera quelques axes de progrès lors de l’entretien. Entendre parler de « points d’amélioration » n’est jamais franchement plaisant, surtout pour ceux qui gardent l’âme d’un élève appliqué. Voici comment aborder sereinement ces moments.

Première astuce : anticiper les critiques en préparant soigneusement votre auto-évaluation. Cela vous permettra d’arriver prêt à rebondir et à proposer des solutions, qu’il s’agisse de formation, d’accompagnement ou d’organisation différente.

Prenez également du recul : ne faites pas de la critique une affaire personnelle. Le rôle de votre manager est aussi de vous aider à progresser, même si la manière de formuler les reproches laisse parfois à désirer.

Si la critique vous semble floue ou injuste, voici une méthode en quatre temps pour rétablir un échange constructif, à partir d’un exemple de remarque vague (« vous n’êtes pas professionnel ») :

  1. Reformulez la critique pour prendre le temps d’encaisser le propos : « Vous pensez que je ne suis pas assez professionnel dans mon travail ? »
  2. Demandez des faits concrets afin de mieux cerner la remarque, sans agressivité : « Qu’est-ce qui vous pousse à dire cela ? Pouvez-vous citer un exemple précis ? »
  3. Si la critique s’avère justifiée, reconnaissez-la sans vous excuser à outrance : « Je comprends, merci pour votre retour, je n’avais pas identifié ce point. » Si, malgré tout, la remarque demeure obscure ou vous paraît injustifiée, passez à l’étape suivante.
  4. Sollicitez des pistes d’amélioration : « Auriez-vous des suggestions pour m’aider à progresser sur ce sujet ? »

L’objectif, comme le rappelle Marion de la Forest Divonne, reste de transformer la critique en levier d’action. Si la remarque vous déroute ou paraît décalée, tentez de cerner le besoin sous-jacent de votre manager. Par exemple : s’il vous reproche un manque de professionnalisme, demandez : « Est-ce lié à la crainte de perdre un client ? » Ce type de question ouvre le dialogue vers des solutions concrètes, au lieu de rester bloqué sur l’incompréhension.

5, Comment valoriser ses réussites lors de l’entretien ?

Normalement, votre manager abordera vos succès de l’année. Mais si ce point passe à la trappe, n’hésitez pas à le soulever vous-même. Ce rendez-vous reste le moment idéal pour faire reconnaître votre investissement, même si cela n’est pas toujours naturel.

Si votre préparation a été rigoureuse, vous avez certainement noté plusieurs réussites. Sélectionnez-en une à trois marquantes, et pour chacune, analysez :

  • l’objectif de départ et ce qui était en jeu
  • ce que vous avez mis en place concrètement pour y parvenir
  • les obstacles rencontrés et les solutions trouvées
  • le résultat précis et mesurable obtenu

Sur ce dernier point, Marion insiste : rien ne remplace des chiffres ou des faits pour attester de vos résultats. Si vous manquez de données quantitatives, appuyez-vous sur des retours qualitatifs : messages de clients, avis de collègues, tout peut servir de preuve de votre engagement.

Soyez aussi enthousiaste en parlant de vos projets en cours. Mettre en lumière ce qui fonctionne déjà bien montre votre dynamisme et votre implication.

6, Comment négocier une évolution ou des ajustements lors de l’entretien annuel ?

L’entretien annuel est aussi un moment privilégié pour discuter d’évolution ou formuler des demandes. Même si rien n’empêche de solliciter un rendez-vous à une autre période, ce rituel offre un cadre propice à la négociation.

Je ne vais pas détailler ici toute la démarche pour discuter salaire ou augmentation (un article complet existe déjà à ce sujet), mais voici un panorama des points sur lesquels vous pouvez ouvrir la discussion lors de ce rendez-vous :

  • Demander une hausse de salaire ou une prime
  • Explorer une mobilité géographique ou fonctionnelle
  • Évoquer de nouvelles missions ou responsabilités
  • Demander un aménagement du temps de travail
  • Obtenir un ou plusieurs jours de télétravail
  • Rechercher une formation ou un accompagnement (coaching…)
  • Envisager un congé sabbatique ou une période sans solde
  • Négocier des avantages en nature (véhicule, équipements…)
  • Demander un renfort d’équipe (stagiaire, alternant…)
  • Proposer une évolution de l’environnement de travail (nouveau matériel, outils, espace…)
  • Faire évoluer la relation avec le manager : points réguliers, retours plus fréquents…

Après avoir cerné vos envies, affûtez vos arguments. Tenez compte du contexte de votre entreprise et anticipez les éventuelles objections.

Comme le souligne Marion de la Forest Divonne, être précis et clair sur ce que l’on souhaite augmente les chances d’obtenir gain de cause. Identifiez aussi le besoin réel derrière votre demande, afin que le manager en saisisse bien l’utilité.

Pour formuler une demande efficace, la méthode inspirée de la communication non-violente peut s’avérer précieuse. Elle se décline en quatre étapes :

  1. Observation : « Je remarque être souvent interrompu dans mon travail par mes collègues. »
  2. Ressenti : « Cela me frustre, car j’ai du mal à me concentrer sur certains dossiers. »
  3. Besoins : « J’aurais besoin de périodes calmes pour gagner en efficacité. »
  4. Demande : « Serait-il possible d’avoir une journée de télétravail par semaine pour avancer sur mes missions clés ? »

Pensez à conclure votre demande en fixant la suite : « Quand pourrai-je avoir une réponse sur ce sujet ? Souhaitez-vous que l’on fasse un point d’étape dans un mois ? » Cela évite que votre requête ne reste sans suite concrète.

Avec ces repères, vous voilà équipé pour transformer l’entretien annuel en un véritable tremplin. Et si vous avez des anecdotes ou astuces à partager, la section commentaires vous attend. Peut-être qu’en prenant ces rituels à bras-le-corps, l’entretien annuel cessera d’être un passage obligé et deviendra, enfin, un moment de prise de pouvoir sur votre trajectoire professionnelle.

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