Actuellement, trois mots font le buzz : « atypique », « zèbres » et « compétences douces ». Savez-vous que ce sont les atouts du même avion de chasse ? Managers, DDH, managers, voulez-vous dynamiser votre entreprise et votre entreprise en tirant bon parti de ces profils particuliers ? Vous ne le savez peut-être pas, mais vous en avez probablement déjà dans vos murs. Voulez-vous réenchanter ces ressources humaines et savoir ce que vous pouvez faire ensemble ?
Le pouvoir du neuro-atypique
Derrière les mots « atypique » ou « zèbre » se profilent en réalité les hauts potentiels intellectuels (HPI) et les très hauts potentiels intellectuels (THPI). Leur fonctionnement cérébral diffère de la norme, c’est un fait. Les psychologues parlent de neuro-atypiques, les coachs évoquent les multipotentiels, mais ceux qui sont concernés le vivent souvent dans la discrétion, parfois même sans en avoir conscience. Ils passent inaperçus, ou se fondent dans la masse, évitant de mettre en avant ce qui les distingue.
Oubliez l’image excentrique : pas de rayures, ni de superpouvoirs spectaculaires. Ces profils avancent dans la complexité, connectent des idées là où d’autres voient des frontières, bâtissent des ponts entre des mondes qui ne se parlaient pas. Leur analyse systémique fait émerger des liens insoupçonnés, leur sensibilité capte tout ce qui vibre autour d’eux, et leur loyauté, souvent farouche, s’accompagne d’un profond sens de la justice. Leur façon de communiquer surprend parfois : ils osent dire, questionner, bousculer, non pas par provocation mais par une honnêteté presque brute, dénuée de calcul. Ce sont eux, ces collaborateurs qui, sans le chercher, détonnent et interpellent.
Chercher de l’impact, pas du pouvoir
Dans chaque équipe, il y a celui ou celle qui trouve des solutions en un éclair, qui interroge sans relâche pour tout comprendre, qui agit là où d’autres hésitent. Parfois, ce sont aussi ceux que l’on taxe d’être « trop » : trop sensibles, trop rapides, trop francs. Celui qui remet en question les process établis, qui invente un nouveau parcours client sur la plateforme e-commerce, qui monte un espace de travail collaboratif en une semaine alors que l’équipe découvre à peine l’outil. Ou celle qui, face à une réorganisation, remet la dimension humaine sur la table et propose une alternative pour ne pas sacrifier certains collègues sur l’autel de la performance.
Vous voyez de qui il s’agit ? Peut-être vous reconnaissez-vous dans ce portrait, ou pensez à un collègue qui ne rentre jamais tout à fait dans le moule.
Une chose à garder en tête : le haut potentiel, ou très haut, ne court pas après le pouvoir. Il ne cherche ni à s’imposer, ni à détrôner qui que ce soit. Sa motivation, c’est l’impact, l’utilité, la quête de sens. Les idées jaillissent, les solutions fusent, mais la compétition ou l’ego ne sont pas son moteur. Inutile donc de se sentir menacé : il n’aspire pas à s’asseoir à votre place mais à faire avancer le collectif.
Le haut potentiel n’est pas omniscient. Là où il excelle, il ne vous rend pas moins compétent pour autant. Les jeux d’ego n’ont pas d’intérêt ici, surtout que le sien, justement, a souvent été malmené par le manque de reconnaissance ou des expériences professionnelles houleuses. Ces profils font preuve d’humilité, parfois masquée par une maladresse verbale ou une tendance à digresser. On les prend à tort pour des personnes prétentieuses, alors que leur vue d’ensemble et leur façon de s’exprimer sont tout simplement différentes.
À ce propos, la maladresse fait parfois partie du package : gestes ou propos décalés, difficulté à naviguer dans les codes sociaux. Mais à côté de ces aspérités, leurs points forts méritent d’être explorés.
Thierry Guilbert
Cognitif, compétences douces et techniques : la formule gagnante du HPI
Vous vous demandez où placer ces profils pour les voir donner le meilleur d’eux-mêmes ? Voici quelques domaines dans lesquels ils excellent, et comment ils font la différence :
- Grâce à leur pensée « en arborescence », ils relient naturellement disciplines et idées. Ils voient les schémas, rapprochent des concepts éloignés, déconstruisent et reconstruisent des ensembles cohérents. Cette capacité à tout embrasser d’un regard leur permet d’anticiper, de synthétiser et d’innover. Fabrice Micheau, coach de THPI, en parle dans ses conférences comme d’une pensée en quatre dimensions.
- Sur le plan comportemental, leurs compétences relationnelles, les fameuses soft skills, s’expriment de façon connectée, fluide. Empathie, leadership, capacité d’adaptation, humour, créativité : ils apportent une énergie collective, fédèrent autour d’eux. Leur moteur ? La reconnaissance, la confiance, la liberté d’agir. Nicolas Gauvrit, mathématicien et psychologue, le souligne dans « Les surdoués ordinaires » (Puf, 2014) : les profils à haut potentiel montrent souvent une meilleure capacité d’adaptation sociale, un sens du leadership et du jugement moral aiguisé. Il existe aussi un lien avéré entre QI élevé et créativité, confirmé à travers de nombreuses études.
- Côté technique, leur appétit d’apprendre et leur rapidité d’assimilation les rendent redoutablement efficaces. Informatique, mathématiques, physique, biologie, architecture de systèmes complexes, prospective, innovation numérique… Leur force est de combiner plusieurs expertises et d’aller là où la complexité rebute. François, ingénieur passé par Polytechnique et Mines ParisTech, illustre bien ce profil : il a piloté des programmes de R&D chez Sagem, Dassault Aviation, la DGA, conçu des architectures complexes, anticipé et innové dans des environnements exigeants. Quand leurs compétences trouvent une application concrète, les résultats dépassent souvent les attentes.
Précaution d’usage : évitez de laisser un HPI s’ennuyer. Un haut potentiel désœuvré, c’est un peu comme une machine de course bridée. Les dégâts peuvent être considérables, pour eux comme pour l’équipe.
Visez l’efficacité globale
Alors, pourquoi ne pas ouvrir la porte à la diversité cognitive ? Dans une entreprise qui accepte leur singularité et leur permet d’exprimer toutes leurs dimensions, les hauts potentiels n’ont pas d’équivalent pour faire avancer les projets, renforcer les équipes, bousculer les habitudes. Même si leur humour ou leur spontanéité surprennent, ces qualités ont aujourd’hui toute leur place en entreprise.
À l’heure où le monde professionnel se transforme, où le physique et le digital s’entremêlent, il est urgent de donner de l’élan à ces profils. Non pour créer des chasseurs de pouvoir, mais pour injecter de l’agilité, de la transversalité, de la créativité dans des organisations parfois engluées dans leurs routines. Ouvrir le champ des possibles, c’est aussi tracer de nouvelles voies pour le collectif, et redonner à l’intelligence humaine toutes ses couleurs.
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